« Je ne peux pas m'empêcher d'acheter »
- aubenetraore
- 24 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 mars
Il vous arrive peut-être d'être régulièrement saisi d'une envie irrépressible d'aller acheter un ou plusieurs objets? Sans que vous puissiez vous l'expliquer et surtout sans que vous puissiez réfreiner cette envie, dépenser pour obtenir l'objet vous soulage ?
Particulièrement furtif, ce soulagement peut faire vivre un sentiment d'échec, de honte, mais aussi de colère ou de culpabilité. Pourtant, malgré la souffrance engendrée, malgré l'endettement, malgré les ruptures avec l'entourage, il y a quelque chose de plus fort qui vous empêche de vous arrêter.
Comment résister aux impulsions des achats compulsifs? Comment reprendre le contrôle de ses dépenses? Alors que « je ne peux pas m'empêcher d'acheter », existe-t-il des solutions pour sortir du cercle répétitif et néfaste des achats compulsifs?

« Je ne peux pas m'empêcher d'acheter» : est-ce une addiction?
Le terme d'addiction est bien souvent galvaudé. Dès lors qu'un être humain se retrouve dans une position d'asservissement vis à vis d'un autre ou d'un objet, la qualité de ce lien ne relève pas forcément de l'addiction. Plusieurs critères spécifiques doivent être rassemblés pour associer des symptômes à ceux d'une addiction en répondant à d'importantes questions : l'objet de dépendance est-il une substance ? La sphère organique est-elle atteinte ? L'acte apporte-t-il un soulagement ? La privation a -t-elle un impact sur le fonctionnement organique ? La répétition de l'acte entraîne-t- il une perte de liberté ? La dépendance est-elle associée à un risque létal ?
Les auteurs du DSM-5 ont essayé de « dissiper ce malentendu fréquent concernant ces questions* » qui gravitent autour de l'utilisation des termes de « dépendance »,
d' « abus de substance », de « dépendance d'une substance », d'« addiction ». Pourtant, leur utilisation des termes « addiction comportementale » , nous semble nourrir encore cet amalgame.
Les observations cliniques de la psychothérapie et la science psychanalytique se construisent à partir du verbatim de chaque patient et psychanalysant reçus.
Concernant les achats compulsifs**, ce qui est dit en séances par la personne concernée, c'est qu'un moment donné, « c'est plus fort que moi » , « je craque ». Une montée de tension pousse l'être à céder en achetant des objets majoritairement inutiles, sans pouvoir tenir compte de sa réalité :
« malgré mes problèmes financiers... », « malgré les remarques des autres... »,
« depuis ma séparation...», « c'est plus fort que moi, je recommence! », « ...comme si j'allais exploser », « ...il faut que j'achète! », « après j'en fait rien de particulier », « cet objet je l'ai en plusieurs exemplaires », « (...) j'ai tellement honte... » . Comme pris dans une spirale, le scénario se répète :
impulsion, tension, achat, soulagement, honte, culpabilité,
accalmie,
impulsion, tension, achat, soulagement, honte, culpabilité,
accalmie,
impulsion, tension, ...
Le calcul inconscient de perdre pour gagner, de privilégier l'immédiat à la durée, n'est pas un bon calcul : c'est une défense au détriment de la résolution du nœud à l'origine de la constitution du symptôme.
Les pensées qui suivent le passage à l'acte indiquent qu'il n'est jamais fait en faveur de l'être : « je me retrouve avec plusieurs objets identiques, je me sens ridicule » ( Monsieur G., 32 ans ), « je ne me tiens pas à ce que je dis, ma parole ne vaut rien (...) je ne vaux rien » ( Madame V. 58 ans ).
En ce sens, les faits cliniques n'autorisent pas à classer l'oniomanie parmi les addictions. Dans ce mode de relation à l'objet convoité, envié, acheté puis délaissé, soulageant mais jamais satisfaisant, le rapport au désir est au cœur de l'affaire. Sans oublier la haine, la culpabilité et la honte qui gravitent autour.
La visée de l'acte d'acheter est alors rarement pour l'intérêt porté à l'objet en lui-même. En rapport à cette tension et cette contrainte, selon chacun, il s'agit plutôt de ce que le geste d'acheter génère comme effet :
donner le sentiment de redevenir maître de la situation ?
tenir une fonction de défense contre certains affects non symbolisés ?
relever d'un enjeu existentiel ?
venir colmater ce qui rend le réel insupportable à vivre ?
tenter de sortir d'un conflit refoulé entre amour désir et haine ?
Avoir conscience de qui se trame, ne suffit pas pour maitriser le mécanisme psychique de la compulsion. Surtout lorsqu'il s'agit de compulsion à faire, à répéter, la volonté bloque d'autant plus l'accès au nouage du mécanisme psychique inconscient qui déclenche la spirale des répétitions.
En ce sens, les faits cliniques n'autorisent pas à classer l'oniomanie parmi les addictions. Dans ce mode de relation à l'objet convoité, envié, acheté puis délaissé, soulageant mais jamais satisfaisant, le rapport au désir est au cœur de l'affaire. Sans oublier la haine, la culpabilité et la honte qui gravitent autour.
Comment résister aux impulsions des achats compulsifs?
Les séances des personnes qui souffrent d'oniomanie, prouvent régulièrement que l'achat compulsif a effectivement une fonction pour la personne qui en subit les impulsions.
C'est pourquoi un clinicien formé à la psychanalyse prend soin de ne pas attaquer le symptôme en tentant de l'éliminer. En psychothérapie et en psychanalyse, le symptôme est un point de départ, une porte qui s'ouvre pour laisser émerger la voix de l'inconscient.
Ainsi, dans le cadre de la cure, selon la règle fondamentalement de la libre association de pensées, mettre en mots spontanément, sans aucun jugement, ses tensions, ses contradictions, la force de la contrainte, ainsi que les pensées associées, apporte un soulagement, pour le moins durable.
En séances, invité à parler sans se juger, l'être peut dérouler les pensées associées à son geste. Au fil de l'avancée du travail psychothérapique, apparaissent les ramifications, les résistances, les noeuds psychiques qui participent à construire le symptôme de l'oniomanie. Par cette méthode, d'autres symptômes se révèlent, donnant à l'oniomanie une fonction de porte-parole de la vie inconsciente, plutôt qu'une étiquette de dysfonctionnement de celle-ci.
Ce qui est en scène dans l'achat compulsif raconte pour chaque personne une histoire différente. Le commun se retrouve dans la nature du scénario imaginaire qui pousse l'être à vouloir un objet, lui faisant croire que c'est la possession de cet objet qui va le satisfaire. Mais l'expérience montre rapidement qu'il s'agit là d'un leurre, puisque la promesse n'est pas tenue : l'insatisfaction est toujours là, qui plus est douloureusement.
D'autres symptômes peuvent alors se construire en réaction à celui de la compulsion à acheter : l'anxiété, l'hyperphagie, la dépression, les idées noires, les pensées suicidaires, la perte de l'estime de soi, etc.

De l'envie au désir...
À la lumière des associations libres des pensées, apparaît pour chaque individu des éléments de vérités qui leur sont propres.
Un soulagement sain et pérein est possible dès lors que, dans le champ opératoire de la psychothérapie, le passage à l'acte est pensé, parlé, dit avec les affects réactualisés, puis associé à de « nouvelles » représentations.
La psychothérapie est une première étape pour amorcer la transformation de ces passages à l'acte en paroles. Rencontrer son manque, dire les éprouvés qui en émanent, apaise les instances psychiques. La transformation de l'acte en mots commence dès la première séance.
La psychanalyse est un autre pan de la psychothérapie. C'est une méthode élaborée à partir de l'expérience clinique de patients qui ont eu le désir d'apprendre quelque chose sur eux-même, notamment sur la constitution de leur symptôme. S'interroger sur ses symptômes est la voie royale vers le dénouement des conflits psychiques à l'origine de la constitution de ceux-ci, et in fine vers la construction de la voie menant à son désir.
Pour traiter la souffrance qui s'est accumulée en vous et qui vous pousse aujourd'hui à ne plus pouvoir vous empêcher d'acheter, vous pouvez commencer une psychothérapie : Aubène Traoré - psychologue clinicienne, vous reçoit au 13 Rue du Crochet à Deuil-la-Barre.
Pour une urgence, quel que soit le jour, quelle que soit l'heure, vous pouvez appeler le 06.58.74.10.39.
La prise de rendez-vous est aussi accessible sur


